Ma fourrure et moi

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par Mimi

Qui a décrété que les chats n’avaient rien à dire sur le thème du vêtement ?  Que les chats n’avaient pas droit à la parole dans la Faute à Rousseau ? Pourtant, j’en ai des choses à raconter sur le sujet, plein, même. Car figurez-vous que moi, des vêtements, j’en ai un. Un parfait, intégré, absolument à ma taille, sans coutures ni fermetures éclair, d’une rare élégance et d’une douceur sans pareille : ma fourrure. De longs poils soyeux, blancs, chinés de gris à leur extrémité (plus longs que les cheveux de la patronne) et qui m’enveloppent de leur tombé parfait. Alors quand je vous regarde, pauvres humains qui naissez tout nus sans même un poil sur le caillou, permettez-moi de RIRE.

Avant de parler chiffons, sachez que comme la plupart des chats, je me suis assuré les services d’une esclave humaine. C’est très utile, une esclave : ça achète les croquettes, ça allume les radiateurs, ça loue des baby-sitters, ça joue à la souris en peluche, ça fait des câlins et des baisers – auxquels il suffit de se dérober habilement quand on en a marre. J’observe la mienne, parfois, le matin et le soir. La pauvre… Figurez-vous que, comme elle n’a pas de fourrure, elle est obligée d’en mettre une fausse, et même plusieurs. Elle va chercher dans ses placards des choses compliquées, qu’il faut enfiler, boutonner, zipper ; en hiver, elle entasse deux ou trois épaisseurs (c’est une grosse frileuse). Pendant qu’elle s’enroule dans ses pulls, ses pantalons, ses gilets, ses chaussettes, je me contente de me léchouiller avec nonchalance, en dissimulant sous mon œil impavide toute la compassion que m’inspire sa lamentable situation (on est charitable ou on ne l’est pas).

Attention, je ne dis pas que les vêtements ne m’intéressent pas. Au contraire. J’ai le goût des belles choses. Les fourrures humaines, j’adore me coucher dessus. Certaines sont très jolies : l’hiver dernier, j’ai squatté pendant trois mois un beau gilet de laine grise et rose qui présentait cette qualité d’être exactement de la même couleur que mon poil et ma truffe. C’est tout un travail, le squat : il faut guetter le moment où l’humaine ôtera ses habits bien chauds (en général, le temps de filer dans la salle de bains), espérer qu’elle les déposera dans un endroit confortable, et se coucher directement dessus. Ensuite, je fais semblant de fermer les yeux : comme les bipèdes croient toutes les âneries qu’on leur raconte, style Il ne faut pas réveiller le chat qui dort, je sais que c’est gagné pour la soirée. Et si le lendemain matin, j’y suis toujours… eh bien elle cherche une autre tenue dans l’armoire. Bingo ! Ensuite, mon poil est tout parfumé avec son parfum : deux avantages pour le prix d’un.

Une autre chose que j’adore, ce sont les vêtements propres. Ceux qui sentent bon la lessive et le frais. Hop, un petit saut gracieux, et me voici étalée sur la chemise, à qui j’offre une doublure naturelle de qualité, en abandonnant généreusement quelques fragments de mon propre vêtement dessus. L’esclave proteste : Mimitumamidupwälpartout (elle ne sait pas miauler non plus. Ah là là, ces bipèdes !) Je n’accorde aucun crédit à ce genre de plainte : je sais très bien, quand elle pense à moi dans ses hôtels lointains, qu’elle est ravie d’en retrouver, du pwälpartout.

Les vêtements humains, ça m’a tout l’air d’être un cycle sans fin : vous les mettez, vous les enlevez, vous les flanquez dans la machine, vous les étendez, vous les repassez, vous les pliez… Tout ça pour les remettre tout pareil, à croire que vous n’avez que ça à faire.  Sur ce chapitre-là (aussi), excusez-moi, mais on pourrait vous en remontrer. Nos tenues à nous sont auto-nettoyantes, sans produits chimiques, sans machine à laver : un petit coup de langue, la patte derrière l’oreille, et hop, on est propres comme des sous neufs, la moustache brillante, le pelage qui sent bon la noisette et la bergamote, lisse comme l’eau d’un lac et doux comme… Pardon ? Des boules de poils ? Tiens donc ? Et qui vous a raconté ça ? La vétérinaire a dû prendre la tondeuse et lui raser le derrière tellement c’était emmêlé…. Alors là je m’insurge. Et le secret médical alors ? Dans la revue de l’autobiographie en plus ! C’est du joli.

Mais passons. J’espère vous avoir démontré qu’être un chat, du point de vue vestimentaire (et s’il n’y avait que celui-là, léger rire félin perlé) est hautement préférable à l’humaine condition.  Comment ? Je vous ai rhabillés pour l’hiver ? Ça tombe bien, il paraît qu’on n’aura pas de chauffage.

Contribution initialement paru dans La Faute à Rousseau.